Martin Fayulu conteste l’existence de Banyamulenge comme groupe ethnique congolais, arguant qu’une tribu doit avoir sa propre langue. Or, en appliquant sa propre logique à ses origines revendiquées — la communauté Ba-Mbala —, on découvre que celle-ci est elle-même un peuple immigré d’origine angolaise, arrivé au Congo il y a moins de trois siècles, ce qui fragilise l’argument identitaire qu’il oppose aux Banyamulenge.
Martin Fayulu conteste l’existence de Banyamulenge comme groupe ethnique congolais, arguant qu’une tribu doit avoir sa propre langue. Or, en appliquant sa propre logique à ses origines revendiquées — la communauté Ba-Mbala —, on découvre que celle-ci est elle-même un peuple immigré d’origine angolaise, arrivé au Congo il y a moins de trois siècles, ce qui fragilise l’argument identitaire qu’il oppose aux Banyamulenge.
Persécution des Banyamulenge : Martin Fayulu Devant Pamela Grace
Étant en déplacement en Belgique, l’opposant congolais est revenu sur ses fixations et assertions erronées vis-à-vis de la communauté Banyamulenge. Répondant aux questions de Pamela Grace sur les massacres qui visent les membres de la communauté de Banyamulenge, Martin Fayulu répond.
Sur la première sur la communauté et les Banyamulenge. Moi j’ai un problème sérieux, OK. Ça veut dire quoi Banyamulenge ? C’est quoi Banyamulenge ? Les gens disent…que c’est une communauté rwandaise qui est venue s’installer au Congo. Et que, bon, ils veulent avoir la nationalité congolaise.
Martin Fayulu rencherit
C’est ce qu’on avait dit à la Conférence Nationale [Souveraine]. Et que la nationalité peut se demander individuellement. Ou bien que les enfants qui sont nés, qui sont congolais. Je suis d’accord. Mais quand sur dit Banyamulenge, ça veut dire quoi ? Mulenge, là-bas, au Sud-Kivu ? C’est vous les Banyamulenge ? La tribu, Banyamulenge ?’une tribu. Quand je suis parti à Tervuren, au musée, vous allez voir toutes les tribus du Congo.
Qui est Martin Fayulu : Congolais ou Sénégalais ?
Martin Fayulu est l’opposant connu en RDC. Il a été perçu comme le vainqueur des élections présidentielles de 2018, qui, enfin, ont été gagnées par le Président Tshisekedi. Depuis quelques années, sa position vis-à-vis des Banyamulenge est conservée figée. Plusieurs fois, il a publiquement contesté l’existence de Banyamulenge comme groupe ethnique faisant parti de la RDC. Il n’est pas le seul. Ses positions sont presque proches de celles de Justin Bitakwira, et récemment, Tito Rutaremara les a rejoint.
En RDC, contester l’identité des individus politiques est une monnaie courante. Il y a quelques années, Martin Fayulu a rejoint la grande liste des hommes et femmes politiques dont on conteste l’identité et l’origine. Martin Fayulu est quelque fois présenté comme né d’une Sénégalaise (Salima Diop Fanta) et d’un père camerounais (Alain Njoya Nkoungou). Face à ces allégations, Martin Fayulu a été obligé de s’expliquer sur ses origines (moins convaincantes, surtout en se disant être natif de Kinshasa). Il se présente des fois comme étant de la communauté Bayanzi et Bambala. Attestant aujourd’hui qu’il appartient à la communauté ethnique dit Ba-Mbala (Bambala), j’ai réalisé aujourd’hui que cette communauté s’est établie en RDC, il y a moins de trois siècles.
Qui sont les Ba-Mbala ? un peuple méconnu
Peu est connu sur le Bambala. La source qui est disponible inclut principalement Torday et Joyce (1905) « Notes sur l’ethnographie des Ba-Mbala » cette communauté forme un peuple de langue bantoue installé entre XVIIe et XVIIIe siècle, entre les rivières Inzia (Saie) et Kwilu, dans l’actuelle République démocratique du Congo.
Torday et Joyce (1905) soulignent que le Bambala est un groupe pratiquement inconnu des ethnographes : bien que leur nom soit familier, aucune étude sérieuse n’a encore pas été menée sur leur culture, et la portion de carte correspondante à leur territoire restait presque vierge.
Le Bambala est entouré de plusieurs peuples voisins : les Ba-Huana, Ba-Yanzi et Ba-Songo au nord-est et au nord-ouest ; les Ba-Samba, Wa-Ngongo et Ba-Yaka à l’ouest et au sud-ouest. Il est de notoriété crédible à se demander si Martin Fayulu est Mumbala ou Muyanzi, car les deux communautés sont de voisines.
Migration et Installation de Bambala en RDC.
Selon leur propre tradition orale, les Ba-Mbala se présentent comme un peuple immigré. Ils racontent avoir été chassés d’un territoire situé au sud de la rivière Wamba par un groupe appelé les « Mulua ». Mulua — terme qui, selon les auteurs, signifierait simplement « rebelles » plutôt que de désigner une ethnie précise. Ces Mulua, décrits comme composés de « noirs et de métis » armés de fusils modernes (contrairement aux fusils à silex des Ba-Mbala), auraient tué de nombreuses personnes et réduit les autres en esclavage, provoquant une fuite vers le nord et le nord-est.
Les Ba-Mbala eux-mêmes ignorent ce qu’il est advenu du groupe parti vers le nord-est ; les auteurs suggèrent qu’il pourrait correspondre à une tribu homonyme installée dans la région du Kasaï.
Arrivés dans leur territoire actuel au Kwilu, les Ba-Mbala en auraient acquis la possession par achat de terres auprès des Basongo et des Bayanzi, qui avaient auparavant chassé les Babunda (dont il ne subsistait que quelques groupes résiduels à l’intérieur des terres). Au moment de la rédaction de l’article (1905), les Bambala se sentaient eux-mêmes menacés d’être supplantés par les Bayaka, mieux organisés politiquement sous l’autorité d’un chef unique.
Bambala d’origine Angolaise
Torday et Joyce avancent l’hypothèse — prudente — d’un lien entre les Bambala et les peuples d’Angola qui avaient dans le temps pratiquaient le « cannibalisme ». Selon ces auteurs, les perturbations provoquées par la colonisation portugaise et par les raids des bandes guerrières appelées « Jaga » pourraient pousser des populations moins belliqueuses à migrer vers l’intérieur des terres. Torday et Joyce citent le récit du XVIIe siècle d’Andrew Battell, qui mentionne une expédition des Gagas vers une « province de Bambala ».
Torday et Joyce évoquent aussi les travaux de Ladislaus Magyar sur les Kimbunda, dont l’histoire présente des parallèles frappants : sous l’influence des Jaga, certains chefs Kimbunda auraient formé une société secrète opposée au cannibalisme, provoquant une guerre civile et un exode vers le sud du fleuve Kwanza. Les auteurs révélant — sans certitude — que la classe héréditaire des Muri chez les Ba-Mbala (des hommes portant un bracelet et une coiffe spéciale, à qui il est interdit de manger de la chaise humaine) pourraient être un vestige lointain de cette institution anti-anthropophage.
Quoi retenir sur Martin Fayulu et le Bambala ?
Il est contestable que le Bambala ait des territoires qui leur sont propres et ancestrales. Selon Torday et Joyce, pour s’établir en RDC, les Bambala racontaient avoir acheté le territoire qu’ils occupaient auprès de Basongo et aux Bayanzi. Ces derniers en avaient auparavant chassé les Babunda — un événement dont la date reste, elle aussi, inconnue. Ce récit de Torday et Joyce porte à croire que les Bambala sont des « immigrés ». Le Bambala parlerait une langue très similaire à celle parlée en Angola. Il est même aussi difficile de croire que le Bambala a une ancêtre commune. Des informations recueillies sur internet stipulent que le mot « Mbala » signifierait « les gens rouges », en référence au pigment rouge traditionnel appelé Tukula qu’ils produisent et utilisent. Enfin, on peut affirmer sans craindre d’être contredit que si Martin Fayulu est Mumbala, la langue dit Kimbala est fabrication sociale. Martin Fayulu at-il raison de contester les autres?