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La République démocratique du Congo (RDC) a signé, le 09 décembre 2021, un accord de coopération militaire avec l’Ouganda qui a déjà déployé ses troupes dans l’est du territoire congolais pour traquer les rebelles des Forces démocratiques alliés (ADF) opposées au régime de  Kampala et accusés de multiples massacres de civils dans l’Est congolais.

Le 16 novembre 2021, trois kamikazes explosaient leurs gilets pare-balles à  Kampala, deux près du parlement et un près du quartier général de la police. Au moins quatre personnes ont été tuées et 37 blessées dans les explosions.

Peu après, le gouvernement ougandais a affirmé que les assaillants étaient liés aux Forces démocratiques alliées (ADF), un groupe rebelle apparu dans les années 1990 en Ouganda et résidant en République démocratique du Congo (RDC) depuis 2000.

L’opération militaire conjointe a été baptisée Opération Shujaa (héros en swahili). La coopération militaire entre la RDC et l’Ouganda porte essentiellement sur deux aspects : « mutualiser les efforts et les moyens entre les deux pays afin d’arriver à neutraliser les ennemis communs ainsi que la formation des hommes et l’équipement ou encore logistique ».

Kinshasa veut mettre fin à Shujaa

Kinshasa cherche à mettre fin à l’opération militaire Shujaa avec Kampala.  Méfiante à l’égard de son voisin, qu’elle soupçonne de soutenir les rebelles du M23, la présidence Tshisekedi s’efforce de mettre un terme à la présence des troupes ougandaises déployées en RDC dans le cadre de la lutte contre le groupe armé ADF. Notons que Vital Kamerhe, nouvellement élu président de l’Assemblée nationale, avait déclaré au mois de mai dernier que le Congo était victime d’une agression Rwando-ougandaise.

Les habitants du Nord-Kivu et de l’Ituri, endeuillés, ne cachent pas leurs doutes sur l’efficacité de l’intervention « Shujaa » censée venir à bout des Forces démocratiques alliées.

Le M23 vise la province de l’Ituri

Corneille Nangaa a, en quelque sorte, renouvelé la fonction de politicien du M23, jusque-là dévolue à Bertrand Bisimwa, dont l’image est marquée par ses liens avec Kigali. L’ex-patron de la CENI incarne une « congolisation » du M23, qu’il considère comme un préalable indispensable pour légitimer et structurer un proto-État au dessein expansionniste. Cela répond à la nécessité de se départir de l’image d’une rébellion sous l’emprise de pays voisins, à commencer par le Rwanda de Paul Kagame, mais aussi, plus discrètement, d’une frange de l’appareil militaire ougandais, dont le chef d’état-major est le général Muhoozi Kainerugaba, fils du président Yoweri Museveni.

Même s’ils ont conscience de l’effet repoussoir d’un tel soutien, Corneille Nangaa et d’autres leaders du mouvement – dont le chef de l’aile militaire, Sultani Makenga semblent bénéficier de facilités de déplacement du côté ougandais de la frontière à partir de leur enclave congolaise de Bunagana, qu’ils contrôlent depuis juin 2022.

Des visées expansionnistes

Natif du Haut-Uélé, l’AFC s’active depuis le début de 2024 à étendre le mouvement au-delà de sa zone d’implantation frontalière du Rwanda et de l’Ouganda. En plus des menaces de conquérir Goma et de déstabiliser le Sud-Kivu, le M23 vise plus au nord, dans les confins de la province de l’Ituri. Une ambition prise au sérieux par les sécurocrates de Tshisekedi.

Pour tenter de contrer ces visées expansionnistes, la présidence a convié mi-avril dans la capitale une trentaine de caciques et de cadres de groupes rebelles actifs dans cette région de l’Ituri. La province, minée par les violences des milices, reste exposée à l’influence politique, militaire et économique de l’Ouganda, qui l’a autrefois occupée (1998-2003).

Une coalition Muhoozi Kainerugaba – Sultani Makenga

Après le retrait de Goma du M23 sous la pression occidentale 2011, une partie du mouvement emmené par Bertrand Bisimwa s’était réfugiée à Kampala. Accueillie par le régime de Yoweri Museveni, cette frange du M23 a établi de solides liens avec les services ougandais, notamment auprès des cadres du Chieftancy of Military Intelligence (CMI), le renseignement militaire ougandais. C’est le cas de Sultani Makenga, le chef de l’aile militaire du M23, qui chapeaute toujours aujourd’hui les forces rebelles en lutte contre l’armée congolaise. A Kampala, Makenga s’est rapproché de Muhoozi Kainerugaba, le fils du chef de l’Etat. Commandant en chef des Uganda People Defense Forces (UPDF). Il est réputé avoir offert une assistance logistique et financière aux troupes du M23.

 

Le 6eme bataillon d’infanterie SA fraichement revenu de Mozambique pourrait être renvoyé en Ituri ?

Le SAMIM a été créé opérationnellement à la mi-2021 en tant qu’initiative de paix d’un bloc régional visant à débarrasser Cabo Delgado des insurgés de l’ASWJ (Al-Sunna Wa-Jama’ah)/État islamique, actifs depuis 2017, et cette mission devrait cesser ses opérations en juillet. Quatorze mois après son activation en tant que force militaire à part entière, elle est passée à une mission multidimensionnelle entreprenant des opérations combinées avec la police, les services correctionnels et la participation civile.

Le bataillon d’infanterie d’assaut aéroporté spécialisé de l’armée sud-africaine est de retour en Afrique du Sud après son déploiement au Mozambique dans le cadre de la mission du bloc régional d’Afrique australe – SAMIM, en voie de conclusion.

Le 6ème   bataillon d’infanterie SA (SAI) basé à Makanda (anciennement Grahamstown) est en train de se démobiliser au centre de démobilisation de Brug, à l’extérieur de la province de l’État libre, la capitale Bloemfontein.

Les fantassins sud-africains de retour de Mozambique ont été accueillis par le lieutenant-colonel MK Molapisi, commandant par intérim du Centre. Il a remercié les spécialistes de l’infanterie aéroportée pour avoir consenti « un sacrifice patriotique » au profit des Mozambicains et de « l’ensemble de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) ».

En ce qui concerne l’avenir, Molapisi a encouragé ceux qui viennent de rentrer de Cabo Delgado de continuer leurs évaluations de santé sur place et à être prêts à être prêts à soutenir l’Opération Thiba (la mission de la SADC en République démocratique du Congo [RDC]) à l’extérieur et l’opération “Corona “ relative à la sécurité intérieure. Alors que la SANDF s’est engagée dans des déploiements internes pour soutenir le service de police sud-africain, lutter contre l’exploitation minière illégale et protéger et sécuriser les points clés (NKP) dans le cadre de la mission en cours de l’opération Prosper, il a déclaré que les hommes et les femmes de Makhanda pourraient se retrouver en activité « chaque fois que le besoin s’en fait sentir ».

Notons que les troupes sud-africaines de retour de Mozambique ont une expérience d’avoir combattu les islamistes de l’ASWJ (Al-Sunna Wa-Jama’ah)/État islamique. Ces troupes pourraient mieux combattre les islamistes affiliés à l’Etat islamique au Congo (ADF). Les troupes sud-africaines peuvent mieux faire que les Ougandais et les Kenyans en Ituri aussi comme elles le font au Kivu.

Le 7 juin dernier, une attaque menée par les ADF a causé la mort de 41 personnes dans les localités de Masala, Mahihi et Kerne, situées dans le territoire de Béni, dans la province du Nord-Kivu, selon le gouvernement de RDC. L’attaque a entraîné la mort de 39 personnes à Masala et Mahihi, ainsi que deux autres à Keme, et a également fait 9 blessés et d’importants dégâts matériels.

Le gouvernement a qualifié cette attaque d’« actes inhumains » et a exprimé ses condoléances aux familles des victimes tout en exprimant sa compassion envers les blessés. Il a également affirmé sa détermination à poursuivre sans relâche les opérations visant à traquer les terroristes, ce qui a conduit à la neutralisation de plusieurs d’entre eux et à la libération d’un grand nombre d’otages civils.

Cyril Mokoena

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