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Depuis plusieurs jours, une offre d’emploi d’opérateur de la Légion étrangère circule parmi les vétérans des forces spéciales françaises. Le document a été créé le 21 février 2024. © Intelligence Online.

Intelligence Online révèle qu’un ancien membre des forces spéciales françaises est en train de créer une nouvelle unité d’élite pour les Émirats arabes unis, composée d’au moins 3 000 recrues étrangères et calquée sur le modèle de la Légion étrangère française. Informé du projet, le ministère français des armées n’a pas répondu.

Depuis 2011, les Émirats arabes unis ont régulièrement recours à des mercenaires pour mener leurs guerres en Libye et au Yémen. Sa petite population de 2,7 millions d’habitants ne lui permet pas de recruter suffisamment de troupes. Il est également réticent à les déployer à l’étranger, où les pertes causées par une cause non soutenue sont inacceptables pour la population. C’est pourquoi l’État riche en pétrole a commencé à embaucher des soldats contractuels étrangers pour combattre à ses côtés au Yémen contre les rebelles Houthis.

Cela conduit à une situation plutôt étrange. Des Colombiens embauchés par une entreprise basée à Abu Dhabi et employée par les Émirats arabes unis combattent les rebelles Houthis au Yémen.

Manar Military Company (MMC) de Freddy Riaud

Freddy Riaud s’est associé à deux actionnaires émiratis influents, Saeed Ahmed Ghobash et Nawwaf Ghobash, et utilise depuis 2019 Manar, alors nouvellement créée, pour aider les industriels navals français, de Naval Group à SeaOwl Group, à décrocher des contrats aux Emirats arabes unis mais se pose comme un recruteur des vétérans des forces spéciales françaises pour créer une unité de légion étrangère pour le compte des Emirats arabes unis. Pour l’instant le projet de recrutement et le déploiement de Manar Military Company se limite plutôt en Somalie et au Yémen mais Manar Military Consultancy tend à s’étendre en Afrique et on le soupçonne de projeter un déploiement au Nord-Kivu pour le compte des Emirats arabes unis qui a des intérêts miniers dans cette région.

Grâce à un partenariat entre la RDC et les Émirats arabes unis, la société Primera Gold bénéficie d’un monopole sur le négoce et l’exportation d’or artisanal de la province orientale. Elle n’a néanmoins pas permis d’endiguer les flux illicites vers les pays voisins comme le Rwanda, le Burundi et l’Ouganda dû à l’offensive des rebelles du M23.

Les Emirats arabes unis dans la course pour la mine de Rubaya et le projet de l’usine émiratie de traitement de 3T (cassitérite, coltan et wolframite,)

Les données du gouvernement congolais montrent que le Nord-Kivu représentait environ la moitié de l’approvisionnement mondial du Congo en coltan en 2022. Les exportations de la province ont chuté de 59 % l’année dernière au fur et à mesure que le M23 progresse et qu’un conflit de propriété a éclaté autour de la plus grande mine du pays, Rubaya, selon un rapport minier provincial vu par Bloomberg. La majeure partie de l’exploitation minière à Rubaya et sur les sites de tantale voisins est réalisée à la main et est actuellement supervisée par une coalition de groupes armés connue sous le nom de Wazalendo, alliée à l’armée congolaise, selon un rapport d’experts des Nations Unies. Cependant, la production du coltan finit désormais dans les zones contrôlées par les rebelles qu’ils combattent, affirment les responsables congolais.

L’entité émiratie Primera Group Limited qui contrôle Primera Gold et une autre société en cours de constitution, Primera Metals, dédiée aussi au coltan congolais ,démontre l ‘intérêt minier des Emirats arabes unis en RDC et la nécessité de lancer une opération militaire pour protéger ses intérêts face au Rwanda qui soutient les rebelles du M23.

L’avenir de la plus grande mine de colombite-tantalite (coltan) de la région, les mines dites de Rubaya à Masisi, au Nord-Kivu

Une question stratégique se pose désormais sur l’avenir de la plus grande mine de colombite-tantalite (coltan) de la région, les mines dites de Rubaya à Masisi, au Nord-Kivu. Autrefois propriété de la SAKIMA, les concessions ont été concédées depuis le début des années 2000 à Mwangachuchu Hizi International (MHI), rebaptisée plus tard Société minière de Bisunzu Sarl (SMB). La SMB avait le monopole de l’achat du minerai auprès de la coopérative artisanale COOPERAMMA qui exploitait le site. Le propriétaire de la SMB, ex sénateur local Edouard Mwangachuchu, avait été arrêté en mars 2023 après qu’une rébellion du M23 a éclaté. Au cours de cette offensive, la mine, abandonnée par la police et le personnel de la SMB évacué, a été interdite de propriété et l’équipement minier aurait été endommagé avant que la zone ne soit reprise par les forces armées de la RDC. En mai 2023, des crues soudaines ont provoqué un glissement de terrain mortel sur le site minier. Mwangachuchu est actuellement en prison pour des allégations de collaboration avec le M23, qu’il nie. L’équipe de défense de Mwangachuchu affirme que « des sentiments anti-Tutsi et anti-Rwandais » sont utilisés contre le sénateur d’origine tutsi et propriétaire des concessions de Rubaya, où les mineurs sont majoritairement d’origine hutu.

C’est dans ce contexte difficile que l’accord de coentreprise RDC-EAU cherche désormais à remodeler le secteur minier de l’est de la RDC en proie à l’insécurité et à la contrebande.

Reflex Response Security consultants et Academi: Le débarquement avorté de Erik Prince Avec 2500 colombiens au Nord-Kivu

C’est dans ce cadre que les Emirats arabes unis renforcent les FARDC en équipements militaires.

Le dispositif défensif émiratie autour de la ville de Goma, encerclée par le groupe M23 avec des nouveaux blindés est très visible. Notons que Abu Dhabi avait déjà fait don en octobre 2021 d’une trentaine de véhicules blindés à la RDC.

Les  chancelleries occidentales et les Nations unies avaient également été alertées d’un projet entre Kinshasa et Abu Dhabi pour recruter des militaires privés afin de les déployer dans les zones de combat contre les groupes armés et en particulier le M23. Fin mars, l’ambassade américaine à Kinshasa assurait ainsi à Africa Intelligence « avoir pris connaissance d’informations selon lesquelles le gouvernement de la RDC aurait signé un contrat avec la société privée Academi pour la fourniture de services de protection ». L’entreprise en question, spécialisée dans la sécurité privée et plus connue sous son ancienne dénomination de Blackwater, a été fondée par l’Américain Erik Prince, qui l’a quittée il y a près de treize ans. Rachetée en 2014 par l’américain Triple Canopy et placée sous la bannière de Constellis Group. Ainsi, dans une note confidentielle datée du 17 avril 2023, le Joint Mission Analysis Center (JMAC), la cellule d’analyse et de renseignement de la mission onusienne en RDC (Monusco), faisait part de « possibles plans pour le déploiement d’entreprises militaires privées colombiennes ». Et de mentionner l’hypothèse d’un recrutement à court ou moyen terme de militaires privés colombiens par le biais de structures liées au pouvoir aux Emirats de même qu’à des sociétés sud-africaines. Le projet aurait été mis en suspens compte tenu de critiques et de craintes en interne conjuguées à une pression exercée à ce sujet par certaines chancelleries. Avec la création de cette Légion étrangère selon le format français, les Emirats arabes unis vont t’ils se servir de la société Manar Military Company pour protéger ses intérêts au Congo ?

Notons que l’ancien légionnaire français, le roumain Potra Horatiu est déjà à Goma a la tête de près de milles militaires pour combattre les rebelles du M23 soutenus par le Rwanda.

Coco Kabwika avec Intelligence online

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