Le mois dernier, l’Ouganda avait déjà ouvert ses frontières de Bunagana avec les zones sous contrôle des rebelles du M23 .Le Kenya a nommé un consul à Goma, zone contrôlée par les rebelles congolais,une décision qui a créé un tollé diplomatique avec Kinshasa.
Sur le champ de bataille, le M23 et ses alliés rwandais ont remporté des victoires tactiques décisives. Dans ce que l’on pourrait appeler une « Troisième Guerre du Congo », le Rwanda et son allié ont vaincu un ensemble de forces alliées congolaises, de contingents de la SADC, de troupes burundaises, de la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO) et même de mercenaires roumains.
Par conséquent, le Rwanda a sapé l’influence régionale de l’Angola et de l’Afrique du Sud – deux puissances continentales qui n’ont pas réussi à stabiliser les lignes de front ni à imposer un règlement diplomatique.
Cependant, ces victoires militaires contrastent avec les succès diplomatiques internationaux de Kinshasa. La diplomatie de la RDC a réussi à présenter le récit de la guerre comme une agression étrangère, suscitant une condamnation quasi universelle du M23 et de ses soutiens rwandais.
Depuis qu’elle a perdu le contrôle de Goma et de Bukavu, la RDC n’a plus aucun contrôle sur des sections clés de sa frontière avec le Rwanda. Il est irréaliste d’espérer un retrait de Kigali alors que l’Ouganda et le Burundi maintiennent chacun des milliers de soldats dans l’est de la RDC.
En effet, le gouvernement de la RDC est déjà en train de perdre le contrôle territorial de manière généralisée et non coordonnée de ses frontières tant du côté de l’Ouganda et du Rwanda. Alors que les forces soutenues par le Rwanda se retranchent au Nord et au Sud-Kivu, les troupes ougandaises ont étendu leur présence dans le Grand Nord et en Ituri. Cette expansion ougandaise, officiellement approuvée lors de la visite du général Muhoozi Kainerugaba, chef d’état-major de la défense ougandaise, à Kinshasa, fin juin, a eu lieu sans préavis selon les experts des Nations Unies.
Parallèlement, le Burundi a intensifié aussi son engagement militaire au Sud-Kivu pour freiner l’avancée du M23 et de ses alliés Banyamulenge, les Twirwaneho alliés au groupe armé burundais Résistance pour un état de droit au Burundi (RED Tabara).
Kivu, zone tampon pour le Rwanda
Le maintien d’un corridor de contrôle du M23 le long de la frontière assure une profondeur stratégique sur le territoire congolais à un coût minimal. La situation qui se dessine dans les Kivus ressemble de plus en plus à celle du Donbass ukrainien – une région autonome de facto, échappant au contrôle national, mais soutenue par le Rwanda .
Le M23 opère dans une zone géographique dans l’est de la RDC qui s’étend sur environ 5 800 miles carrés et compte cinq millions d’habitants, soit environ la moitié de la taille de la Belgique avec la population de l’Irlande. Le M23 croit à une semi-autonomie des Kivus pour une protection des rwandophones et à un retour des réfugiés banyamulenge au Kivus.
Le Qatar a proposé pour sa part la création d’une force spéciale intérimaire composée des éléments du M23 aux Kivus qui jouera le rôle de la police pour une durée de 5 ans (soit une législature) renouvelable. Par ailleurs, les chefs d’état-major de l’east african community étaient déjà réunis le 21 février à Nairobi pour discuter de la situation sécuritaire dans l’est de la RDC. Ils avaient déjà envisagé le déploiement de nouvelles forces et même un « statut spécial » pour les villes de Goma et de Bukavu. L’East african community s’attend à une implication effective dans le cadre de l ‘Union Africaine. L’EAC ne veut pas être écartée du processus de Doha mais surtout insiste sur un redéploiement aux Kivus comme force d’interposition et de vérification du processus de paix.
Le processus de paix en cours tel que vantée par Donald Trump reste déconnecté de la dynamique du champ de bataille, et l’est de la RDC risque de sombrer davantage dans une fragmentation prolongée.
Aimé Binda